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Y A -T - IL DES FANTOMES ?
Texte de Charles ROUSSEAU

Revue SECRETS MAI 1934

 


Pour d’aucuns, cette question virtuellement résolue par l’affirmative ne se discute pas,
tandis que pour nombre de nos contemporains dont la conviction n’a pu s’étayer sur aucune
de ces manifestations débordant les limites des lois naturelles (bien que ces phénomènes
s’appuient sur des preuves décisives) ils restent à leur avis, subordonnés à l’élément essentiel
susceptible d’en consacrer la valeur théorique par la vision spontanée ou provoquée d’un
fantôme.

Une apparition dont l’objectivité ne laisse place à aucune illusion des sens comporte un
facteur moral qui seul, constitue l’authenticité de la manifestation, car la spontanéité et la
diversité des lieux où elle se manifeste à l’improviste ne permet aucun contrôle effectif, il
devient dès lors inutile de requérir le témoignage de savants officiels dont la virtuosité de
scalpel ou la science de l’éprouvette n’ont pas lieu en l’occurence d’intervenir.
Des négateurs obstinés prétextant que ces phénomènes défient toute analyse physique ou
chimique et n’ayant par contre ni étudié, ni expérimenté, opposent victorieusement la
certitude scientifique expérimentale à la certitude morale.
Les arguments contradictoires invoqués pour concilier les deux thèses en perpétuel conflit
sont d’égale valeur, souhaitons que du choc des idées antagonistes jaillisse l’étincelle dont
l’éclat fulgurant illuminera le jugement de ceux qui nient par système, de même que ceux qui
doutent par snobisme ou par ignorance. Dans un siècle de positivisme à outrance comme le
nôtre où les bornes du progrès scientifique reculent sans cesse, l’esprit critique incline de plus
en plus à l’analyse pénétrante et à la synthèse constructive. Si l’au-delà ne se démontre pas
on ne peut nier que du berceau à la tombe nous baignons dans une ambiance d’influences
occultes profondes fastes ou néfastes, qui nous gouvernent à notre insu. Qui de nous n’a
tenté de sonder le mystère impénétrable de notre présence sur terre, dans quel but furent
créés les centaines de milliers d’individus, qui depuis leur apparition sur notre planète ont
vécu, lutté, souffert ici bas ; à quoi bon les œuvres géniales des savants, des artistes, des
penseurs, en un mot la vague et grouillante foule anonyme dont les éléments constituent
l’humanité, si tout ce qui fut à un titre quelconque une individualité doit disparaître sans
laisser aucune trace dans la mémoire des humains ?
Admettre l’existence d’esprits désincarnés qui nous entourent, ne confère pas
obligatoirement un brevet de crétinisme intégral, c’est un legs ancestral dont la persistance
s’est affirmée à travers toutes les mutations de l’humanité, les temps bibliques notamment
nous apportent un témoignage irrécusable d’apparitions dont on ne conteste plus
l’authenticité.
Il convient toutefois d’établir une distinction entre le fantôme, apparition fluidique ou
matérialisée d’un être connu ou inconnu, mort ou vivant – et le spectre ; lequel présente une
forme hideuse, malfaisante, c’est en quelque sorte pour le coupable, la personnification du
remords sous les aspects popularisés par les artistes du Moyen Age ; images macabres
transmises aux générations futures avec leurs attributs naïfs empruntés au magasin
d’accessoires de Belzébuth. Il va de soi que l’adhésion implicite à la croyance de l’âme
immortelle indépendante du corps matériel demeure le facteur indispensable qui doit
faciliter la compréhension de ces phénomènes. Le corps physique, enveloppe charnelle de
l’âme est double « ce double », c’est le cops astral des occultistes et le « périsprit » des
spirites, le corps et l’âme unis intimement dans la solidarité de leur association temporaire
s’influencent mutuellement et réagissent l’un sur l’autre au moyen de ce médiateur qu’est le
périsprit foyer de puissances, dont le rôle est capital au cours des phénomènes
d’extériorisation ; son action qui demeure pour nous un mystère s’exerce sur l’âme qu’il
corporise et sur la matière qu’il spiritualise ! Etablir une délimitation exacte entre les
manifestations normales et les phénomènes occultes exige une expérience consommée, il est
vraisemblable jusqu’à preuve du contraire, que le plan astral est une extension du plan
physique, mais la plus grande circonspection s’impose quant à l’attribution de toutes les
manifestations occultes, aux esprits désincarnés. Le dédoublement de l’être humain confirme
l’existence du périsprit démontré par les expériences concluantes du colonel de Rochas, de
Lancelin et de H. Durville ; de même l’âme après sa désagrégation, en quittant son
enveloppe charnelle conserve son individualité et peut manifester sa présence par des
interventions d’ordre physiques.
L’étude approfondie de ces phénomènes nous a familiarisés avec ce monde mystérieux, les
histoires de revenants contées jadis par nos grand’mères aux veillées, nous représentaient les
fantômes vêtus du traditionnel drap de lit avec, en guise de sautoir quelques mètres de
chaînes empruntées à la plus proche foire à la ferraille. Nos revenants modernes ont laissé au
vestiaire cette macabre défroque et nous pouvons affirmer que ceux, assez nombreux, avec
lesquels nous eûmes des relations amicales étaient pour la plupart parés d’étoffes fines d’une
immaculée blancheur ; nous inclinons à croire que de tout temps il en fut ainsi et que les
hôtes de l’Astral demeurent indifférents aux préoccupations vestimentaires s’inspirant des
caprices de la mode.
Sous le vocable de Fantômes des vivants, la phénoménologie a enregistré une multitude
d’observations concernant le dédoublement de l’être humain, de nombreux témoignages
sévèrement contrôlés attestent l’authenticité d’apparitions du « double » d’un être vivant,
doué d’un organisme possédant des qualités psychologiques et physiologiques dont nous
ignorons la provenance et la constitution. Dans les séances le corps matériel du fantôme
emprunte sa substance à l’organisme physique du médium, processus qui en cas d’apparition
spontanée ne peut être invoqué ; rappelons l’exemple souvent cité de Goethe rencontrant
son ami Frédéric sur la route de Weimar, affublé de sa propre robe de chambre et qu’il n’est
pas peu surpris de trouver en rentrant chez lui profondément endormi dans un fauteuil.
Un autre fait concerne Catherine de Russie, appelée par une dame d’honneur pour lui
permettre de constater la présence de son »double » endormi dans un fauteuil d’une salle du
Palais.
Une longue expérimentation consacrée à l’étude de l’organisation du corps périprital nous
confirme la réalité substantielle des apparitions ; des épreuves photographiques, exemptes
de tout trucage écartent délibérément le présomption d’hallucination individuelle ou
collective ; les investigateurs peuvent d’ailleurs se prémunir contre les interprétations
erronées en exigeant des intelligences de l’au-delà des preuves directes de leur existences,
par des manifestations qu’un médium est incapable de reproduire.
On en peut nier les apparitions relatées par les hagiographes, non plus que celle de Pie X au
Vatican constatées par 40 prêtres, évoquons le fantôme de la Dame Blanche de Neuhans,
qui vécut au 15ème siècle et qui apparaît lorsque de grands événements sont proches. La
Dame Noire de Darmstadt est moins pacifique, son apparition précède le trépas d’un
membre de la famille ; de plus chacun de ses passages est marqué d’une mort ; la dernière
victime fut un officier qui ayant voulu saisir le fantôme tira un coup de feu sur l’apparition et
fut trouvé mort sans aucune blessure apparente.

Nous ne pouvons dans le cadre restreint d’un article épuiser une question aussi complexe, si
étranges que puissent paraître ces manifestations, reconnaissons que la Grande Presse, sauf
de rares exceptions a depuis quelque temps adopté une attitude plus conforme à la logique
et à l’équité en abandonnant une ironie facile destinée à masquer une ignorance totale de ces
problèmes.
La science de l’invisible n’est pas une œuvre d’imagination mais le fruit de persévérantes
investigations dans un domaine encore mal connu ; une classification méthodique des faits
observés ont permis d’élever un véritable monument scientifique en faveur de la survivance
de l’âme.
Ces résultats pour n’être pas décisifs aux yeux de tous, sont assez encourageants pour
justifier l’espoir de pénétrer les arcanes de ce monde supra-physique et par la suite, établir
une communion plus intime entre les vivants et les morts.

Charles ROUSSSEAU.
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