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La non transmission de virus
ou

L’Hypothèse Astrologique

Texte de Georges MUCHERY

Revue SECRETS Avril 1936

Les hommes ont imaginé, pour se faire la guerre, les moyens les plus cruels. Ils n’ont reculés devant aucun d’entre eux. On sourit, maintenant, de la naïveté du bon Nobel – l’inventeur de la dynamite – qui estimait que les perfectionnements apportés à la fabrication des explosifs amèneraient la paix perpétuelle.
Avec de tels moyens, pensait-il, une guerre serait si désastreuse que les hommes n’oseront pas la faire. Ils ont osé et, sans doute, oseront-ils faire pire encore !

Les explosifs ne leur ont même pas paru assez nocifs, ils ont mis à contribution les découvertes de la chimie moderne pour créer l’affreuse guerre des gaz.
Durant ces dernières années, la physique a fait de considérables progrès dans l’étude des radiations : rayons X, rayons ultra-violets, rayons cosmiques ont successivement été découverts. On s’est, bien entendu, demandé s’il n’y avait pas parmi eux « le rayon qui tue ».

Certains journalistes ont prétendu qu’il avait été découvert et qu’un état-major étranger conservait secrets les moyens de la produire. Espérons qu’ils se trompaient !

Depuis que les bactériologues ont réussi à isoler les agents qui provoquent bon nombres de maladies infectieuses, on s’est tout naturellement demandé si l’on ne pourrait pas en faire des armes offensives.
Durant la guerre, on a, à maintes reprises, répandu des bruits alarmants à ce sujet. Depuis on en parle toujours.

On a prétendu que des espions avaient envisagé la possibilité de créer des épidémies en contaminant les chemins de fer souterrains de Paris et de Londres.

Nous ne doutons pas que les hommes soient capables d’utiliser un tel procédé de destruction contre leurs semblables. Depuis NOBEL, il a fallu, hélas ! renoncer à bien des illusions sur les bienfaits de la civilisation ; mais nous doutons de l’efficacité du procédé, et voici pourquoi :

La civilisation a un ennemi auprès duquel le péril jaune n’est rien : les insectes.

Ils ont à la surface de la terre, un droit d’ancienneté incontestable.
L’étude des fossiles nous apprend que les premiers hommes  ont fait leur apparition il y a environ 400.000 ans, mais qu’il existait déjà des insectes il y a cent millions d’années.

Il existe actuellement un nombre considérable de variétés d’insectes ; on estime qu’il y en a au moins 4 millions et l’on est encore loin de les avoir toutes décrites.
Ces insectes s’accommodent des nourritures les plus diverses et ont une puissance de pullulation formidable.
Un entomologiste américain a calculé qu’un petit puceron vivant sur les choux, et pesant environ 1 milligramme, pourrait avoir en une saison une masse de descendants d’un poids total de 822.000 millions de tonnes.

Il suffirait pour cela qu’ils trouvent suffisamment de nourriture et ne soient détruits par aucun ennemi. En quelques mois, ce puceron aurait donc une descendance pesant cinq fois plus que l’humanité entière !

Le seul fait qui empêche la pullulation des insectes est la difficulté qu’ils éprouvent à trouver leur nourriture. Aussi sont-ils constamment à la recherche d’aliments qui leur conviennent.

Beaucoup d’insectes se nourrissent de végétaux ; il est donc naturel qu’ils apprécient tout particulièrement les cultures où les hommes cherchent à produire à haut rendement des fruits, légumes, céréales, etc… de toute première qualité.
Les magasins dans lesquels nous stockons nos réserves de produits alimentaires excitent également leur convoitise.
Les insectes ne sont pas les seuls à en vouloir à nos provisions. Les rongeurs, en particuliers les rats, sont tout aussi dangereux. Des savants américains estiment qu’il y a, dans leur pays, 100 millions de rats ; ce qu’ils dérobent suffirait à nourrir 200.000 hommes.

Plus l’agriculture fait de progrès, plus on augmente le rendement des champs, plus l’attaque des insectes se fait pressante. Le fait de cultiver la même plante sur de grandes superficies facilite considérablement leur pullulation !

L’homme doit donc faire la guerre aux insectes et celle-ci  s’avère très difficile.
Les moyens mécaniques, pièges, etc… sont peu efficaces par suite du grand nombre des ennemis. On utilise sur une très grande échelle les moyens chimiques : poisons, gaz asphyxiants. Malgré tous les efforts  qui sont faits dans ce sens, malgré les tonnes de soufre, sulfate de cuivre, arséniate, etc… employées par les agriculteurs, les insectes nous dérobent encore – tant dans les champs que dans greniers – 15 à 20 pour cent du produit de notre agriculture. Et si nous cessions la lutte pendant quelques années, nous ne tarderions pas à mourir de faim. L’homme a pu se mesurer avec succès aux animaux les plus gros et les mieux armés de la création, mais il n’a pu avoir raison des insectes.

On a voulu utiliser contre eux cette arme dont nous parlions ci-dessus ; on a voulu provoquer chez eux des épidémies qui les déciment. Les insectes sont sujets à de nombreuses maladies infectieuses ; elles ne sont pas transmissibles à l’homme, aussi peut-on, sans crainte de ce côté, faire appel à elles pour les détruire.

Mais toutes les tentatives de l’on a faites jusqu’ici pour provoquer une épidémie chez les insectes nuisibles ont complètement échouées. On avait pourtant pris toutes les précautions nécessaires à leur réussite. Les bactéries ou champignons qui causent les maladies des insectes sont connus ; on en fait des cultures en laboratoire. On dispose de préparations qui, injectées à un insecte, en amènent infailliblement la mort après l’évolution normale de la maladie. Mais si cet insecte est lâché parmi ses congénères, il ne les contamine pas, ou tout au moins les contamine peu. Loin d’accélérer ses ravages et de se transformer en épidémie, la maladie ne cause le décès que de quelques individus, puis disparaît.

C’est cette expérience, faite sur les insectes, qui nous rend très sceptique quant au résultat possible d’une guerre bactériologique. Elle serait probablement  aussi peu efficace vis-à-vis des hommes qu’elle l’a été vis-à-vis des insectes.

L’échec des tentatives faites pour provoquer des épidémies dans le monde des insectes comporte des enseignements sur lesquels il est utile de méditer.

 

 

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