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Georges MUCHERY a créé la REVUE SECRETS en 1929.
Le but de cette publication était de rendre plus accessible, au grand public,
l’étude des secrets susceptibles d’améliorer
la condition humaine sur le plan physique, matériel et moral.

PHOTOGRAPHIES SUPRA – NORMALES
Revue SECRETS de Janvier 1934
texte de Monsieur Chartes ROUSSEAU

 
La science moderne qui, dans sa marche évolutive, s'affirme dans tous les domaines, a jalonné la route du progrès de vérités qui hier encore sommeillaient dans les brumes opaques des spéculations abstractives. Une lueur nouvelle projetée sur les régions que nous appelons le monde, invisible parce qu'il échappe à nos perceptions ordinaires, est venue éclairer certaines manifestations qualifiées autrefois de surnaturelles, parce que mal connues. La question si controversée de l'objectivité de phénomènes constatés en dehors de notre monde matériel a retenu l'attention du public, mais la plupart de ces manifestations n'étant venues à sa connaissance que par oui-dire, la bonne foi des expérimentateurs doit tenir lieu de « credo ».
Les arguments en faveur de l'affirmation ou de la négation, de la certitude ou du doute présentent pour quiconque n'a pu juger de visu et soumettre ses déductions à l'analyse, une égale valeur en ce qui concerne le processus de ces manifestations et justifient en quelque sorte les restrictions qu'il peut formuler à l'égard de leur réalité.
Jusqu'à ce jour, ces expériences, en raison de la rareté des phénomènes, sont demeurées pour l'ensemble à l'état théorique et le public mieux instruit commence seulement à leur apporter une adhésion restrictive qui s'est substituée à l'hostilité agressive de jadis. Les chercheurs attirés par une inclination naturelle vers l'étude de ces questions quelque peu étrangères aux sollicitations matérielles de la vie quotidienne, peuvent mener aujourd'hui une existence normale parmi leurs semblables sans leur inspirer cette sympathie mitigée réservée aux galeux. La presse, la documentation savante consacrée à ces études qui occupent une place de plus en plus grande dans la littérature, ont avec les conférences et certaines polémiques retentissantes, religieuses et laïques, ont, sinon éduqué la foule, mais du moins éveillé un désir d'investigation chez certains esprits réfléchis qui ont compris que ces études devaient receler autre chose que des hâbleries de charlatans ou des élucubrations d'illuminés. Il est consolant de constater que ceux qui s'adonnent à la solution de ces questions abstraites ont cessé d'être assimilés en bloc aux innocents maniaques que la lézarde des méninges désigne à la sollicitude de praticiens éprouvés, spécialisés dans la pratique de l'orthopédie mentale.

Si aujourd'hui encore cette science est tenue en suspicion, si un inconcevable ostracisme la relègue au second rang, c'est qu'elle oblige quelques quarterons de demi-savants à procéder périodiquement à une révision de leur acquis et à liquider leurs connaissances démodées, c'est-à-dire la presque totalité. En dépit de toutes les obstructions, de toutes les campagnes et polémiques intéressées, elle s'affirme de jour en jour, car elle a su concilier les exigences de la raison et les progrès de la science, aucun savant ne pouvant se désintéresser de ces passionnants problèmes.

On ne convainc que ceux qui désirent l'être, ou le sont déjà, ceux qui, sans idées préconçues, sans parti pris doctrinal, s'astreignent de plein gré à l'austère effort qu'exigé la poursuite de la vérité, ont droit à l'estime et au respect que méritent les travaux des chercheurs consciencieux et désintéressés. Nul, à notre époque, ne peut sérieusement mettre en doute les résultats positifs observés à la suite de laborieuses éludes poursuivies contradictoirement par des savants du monde entier, dont le nom fait autorité ; les sarcasmes ou l'ironie facile se voient contraints d'abdiquer devant mieux que la possibilité; mate la certitude des faits, admis avec de prudentes réticences par quelques fluctuants adeptes de la chèvre et du chou. Il n'en est aucun parmi nos lecteurs qui n'aient, sinon vu, du moins entendu parler d'ectoplasme et de matérialisation ; les retentissants articles d'un organe du matin relatant les expériences tentées il y a quelques années à la Sorbonne ont dû, nous ne disons pas, et pour cause, éclairer l'opinion publique, mais attirer son attention sur un problème dont on poursuit encore la solution. Cette question d'une brûlante actualité emprunte un intérêt toujours renouvelé au mystère qui l'entoure, un scepticisme de commande affectant ces énigmes de la Nature ne fait qu'accentuer la vanité de la nature humaine et le néant de son intelligence vis-à-vis des énigmes de la nature.
Une matérialisation est une production fantomatique pouvant former, soit une représentation partielle du corps humain, soit un être complet. C'est la reproduction identique de l'aspect physique, des traits, des organes, en un mot de toutes les caractéristiques de l'individu et la réplique exacte de l'être humain lorsqu'il appartenait au monde des vivants. Quand cet être animé d'une vite transitoire présente une formation parfaite, non seulement il est constitué physiquement comme un quelconque habitant de notre planète, mais il est également doué de facultés intellectuelles et sensorielles semblables aux nôtres, il ressent et perçoit tout ce que nous ressentons ou percevons, plus subtilement peut-être, car ces sensations lui parviennent sans qu'il soit nécessaire comme pour nous, d'avoir recours à l'intermédiaire des sens qui en atténuent la perception.
Nous nous proposons de développer ultérieurement ce sujet trop complexe pour être épuisé en un court article, nous référant à notre expérience personnelle que nous n'invoquons pas comme une autorité, nous pouvons cependant affirmer que nier l'existence des fantômes, c'est récuser le témoignage, non plus contestable
celui-là, d'un nombre impressionnant de savants tels que le professeur Ch. Richet, de l'Académie de Médecine, titulaire du Prix Nobel, affirmant publiquement sa conviction dans un article intitulé « Par delà la Science.  Le monde occulte existe . Au risque d'être regardé par mes contemporains comme un insensé, je crois qu'il y a des fantômes. » Cette affirmation fut d'ailleurs maintes fois confirmée par des hommes de science dont les noms s'inscrivent parmi l'élite de l'humanité.
On peut certes différer d'opinion sur l'interprétation de certains phénomènes, , toutefois il serait puéril d'en contester l'authenticité et quelque jour viendra où il sera donné à chacun d'acquérir expé­rimentalement une conviction personnelle apportant la preuve qu'il ne s'agît plus d'illusions décevantes, mais de réalités tangibles. Les recherches psychiques, dont les longues investigations furent soumises aux méthodes les plus sévères dans le silence des laboratoires, ont franchi le stade des tâtonnements; à rencontre de toutes les métaphysiques qui exigent préalablement un acte de foi, elles s'adressent à l'intelligence et à la raison et surtout au bon sens, non de ceux qui le revendiquent comme un privilège exclusif, en niant tout ce qui s'oppose à leur parti pris, mais  au contraire à tout chercheur impartial puisant Sa conviction dans l'observation patiente des faits. Parmi ces derniers, le Cercle d'Etudes de Spiritualisme expérimental Fiat-Lux, fondé à Nice, s'est spécialisé dans l'étude de ces questions ; ces recherches psychiques qui, maintenant, appartiennent au domaine moral de l'humanité, sont poursuivies avec le plus complet désintéressement par tous les membres du Cercle, le caractère rigoureusement privé de ces expériences doit exclure a priori toute idée de fraude ou de mystification ne répondant à aucun but avouable ou avoué. C'est justement la nature spéciale de ces travaux et l'obscurité qui règne encore sur notre compréhension de certains phénomènes, qui nous a incité à les présenter trop brièvement à nos lecteurs. Notre incompréhension n'infirme nullement leur réalité et c'est avec la plus parfaite bonne grâce que le Vice Président du Cercle, le Commandant Herblot, a bien voulu nous autoriser à publier un aperçu très superficiel de documents dont il n'avait jamais envisagé la diffusion ; la parfaite loyauté de Mme Gai, médium et directrice du Groupe,  de même que celle du Commandant Herblot, sont à l'abris  de tout soupçon, et c'est pénétré de cette conviction que nous présentons à titre documentaire trois clichés
, parmi tant d'autres de photographies transcendantales.

C’est-à-dire la preuve discutée par certains négativistes qui décrètent résolument l'inexistence de ces phénomènes parce qu'ils n'en ont jamais vu! Ils n'ont jamais vu d'ectoplasme, cette matière blanche perceptible à nos sens dont la matérialité affecte soit l'apparence d'une fumée légère d'une forme vaporeuse, impalpable, sorte de nuage blanc qui possède la propriété de se modeler et de constituer des formes humaines, qui parfois se résorbent au moindre contact, mais qui également possèdent une substantialité totale que l'on peut toucher et photographier. D'abord apparaissent les premiers linéaments d'une silhouette, la matière fluidique se solidifie, des draperies vêtent généralement les corps matérialisés, cette matière fluidique dont est formée la matérialisation est douée d'une énergie photochimique pouvant impressionner les plaques d'un châssis hermétiquement clos. Les apparitions matérialisées représentant le type humain se produisent avec ou sans l'intervention d'un médium ; à ce sujet on a observé que les manifestations spontanées sans intervention du médium sont vaporeuses, diaphanes, alors que celles obtenues avec la collaboration d'un intermédiaire ont une composition physiologique semblable en tous points à celle constituant l'être vivant sur le plan terrestre. Il n'est pas indifférent de noter que l'être qui se constitue en empruntant au médium la matière fluidique qui, physiologiquement, lui permet de se manifester matériellement, possède des facultés intellectuelles rigoureusement indépendantes de celles du médium, sur ce dernier point la séparation s'avère complète et psychologiquement deux êtres bien distincts s'affirment. Le groupe Fiat Lux, avec une inlassable per­sévérance, a déjà réuni un nombre important de documents photographiques apportant une contribution précieuse à l'étude de ces phénomènes ; la plaque sensible est un témoin impartial qui transcrit aveuglément la réaction qui l'impressionne en conservant un caractère indélébile de l'objectivité du témoignage; le mode opératoire du groupe ne comporte aucune disposition spéciale. Au cours des séances d'expérimentation toutes les précautions sont prises afin d'assurer la sincérité des expériences. Aujourd'hui nous en signalerons trois, prises au hasard; c'est la photographie transcendantale de l'entité Blanchette obtenue avec une pose de 300 secondes et un éclairage de 900 bougies par plafonnier et réflecteur. M. T..., homme de lettres, est avisé par communication que l'entité Blanchette qui se manifestait à Reims où il fréquentait, serait désireuse de lui donner une nouvelle preuve de la survivance en l'engageant à se rendre à Nice  où elle  laisserait son image photographique.

Fort surpris de cette suggestion, M. F... se rendit néanmoins à Nice, fit l'acquisition d'une boîte scellée de 12 plaques; après la visite de la salle d'opérations et vérification minutieuse de l'appareil photographique et chargement des châssis sous le contrôle du peintre Fourie, la pose commença ; les clichés devaient être virés en présence des assistants au fur et à mesure de leur impression ; la première épreuve fut négative, néanmoins la confiance de M. T... demeurait inébranlable, le second cliché révéla la splendide image de la jeune femme qu'il nous fut donné de voir à Reims. En présence de ce résultat, M. T... qui depuis plus de trente ans expérimente a déclaré : « Si je n'avais conduit moi-même toutes les opérations jusqu'au développement, on pourrait douter de son authenticité, à commencer par moi, malgré toute mon estime pour Mme Gai. » En pareil cas, la rigueur des preuves doit être en rapport avec la gravité des conclusions.

Antérieurement à l'annexion du Comté à la France les actes de l'état civil étaient tenus par les desservants de chaque paroisse, de plus, lorsque les enquêteurs examinèrent la pierre tombale celle-ci ne portait pas la croix qui distingue les sépultures catholiques, ce qui impliquerait que Fanny Faure. n'étant pas en règle avec le clergé, son nom ne figurait pas sur l'obituaire des candidats au royaume céleste promis par l'Eglise. L'inscription « Priez pour elle » pourrait laisser également présumer qu'elle appartenait au protestantisme. Quoi qu'il en soit, ce qui domine la question, c'est le résultat concluant au point de vue expérimental.
Le troisième cliché représente la petite fille de M. D... se manifestant après trente-quatre ans. De nombreuses preuves d'identité ont apporté au père la preuve de la survivance de son enfant, avec la certitude que les êtres disparus ne sont point anéantis à jamais, mais qu'au contraire ils restent près de nous invisibles: n'est-ce pas déjà une grande consolation, à défaut d'une certitude absolue!

L'investigation scientifique n'a pas encore atteint un développement suffisant pour apporter une solution définitive ; lorsqu'une question est résolue, elle soulève de nouvelles interrogations. L'admissibilité des phénomènes psychiques dans le cadre de la science positive nous permet d'enregistrer comme définitivement acquis que tout ce qui conditionne les phénomènes sur le plan physique prend naissance dans l'invisible, ce qui peut expliquer bien des choses. Nous terminerons en rappelant l'affirmation de G. Flammarion : que l'Univers est un dynamisme, les phénomènes observés sont des manifestations du dynamisme universel, avec lequel nos cinq sens ne nous mettent en relation que très imparfaitement ; nous vivons dans un monde inexploré, dans lequel les forces psychiques jouent un rôle encore très insuffisamment observé, c'est un élément en activité variable qui existe dans la nature et dont l'essence nous reste encore cachée.

Flammarion, dont la prudence était bien connue, dit quelque part : « II y a vraiment des observations menées avec une telle clairvoyance qu'elles sont à l'abri de toute objection et portent en elles un caractère nettement scientifique. » D'ailleurs toute expérimentation qui ne s'inspire pas du point de vue scientifique, ne mérite pas de retenir l'attention, s'il s'agit d'une simple distraction, les mots croisés répondent parfaitement à ce but et nous aurions peine à croire que ce soit là l'objectif que se sont proposé les explorateurs du mystère.

Charles ROUSSEAU

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