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La Santé, le Bonheur et les ondes

Début des recherches de M. de Turenne
"Secrets" Octobre 1935

Vous souvenez-vous de ce poème de Paul Fort :
« Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite !
Le bonheur est dans le pré : cours-y vite, il va filer ! »

J'aimerais aujourd'hui vous conduire dans ce pré et le transformer avec vous en ce qu’un professeur de bonheur, Jean FINOT, appelait l'atelier des gens heureux.
Et d'abord, disons-le bien, tout de suite :

Le bonheur n’est pas un rêve.

Sophocle avait tort en déclarant : « Nul ne saurait être heureux avant sa fin », et Goethe avait raison d'écrire dans Werther :
« Jamais le bonheur n'est une duperie. »
II arrive qu'il soit à nos côtés et nous ne le voyons pas.
On le cherche comme certains cherchent leurs lunettes, quand ils les ont sur le nez.

« Pourquoi, demandait-on à Mme d'Epinay, les gens ont-ils tant de mal à être heureux ? — Parce qu'ils ont l'esprit fait de telle sorte, répondit-elle, qu'ils voient le passé meilleur qu'il n'a été, le présent pire qu'il n'est et l'avenir plus riant qu'il ne sera. »

Le bonheur est affaire de mesure, et essentiellement, de santé mentale et physique.
Le sombre Schopenhauer le savait bien quand il affirmait que sa source est, avant tout, une humeur enjouée. Cette gaîté, on ne peut l'avoir, si l'on souffre de quelque façon.
Le premier exercice vers le bonheur est donc de se maintenir, esprit et corps, en bon équilibre. Alors, en y mettant un peu du sien, on a toute chance de pouvoir faire graver, au seuil de sa maison, comme le fit Epicure, cette belle inscription :

« Ecole du Bonheur. »

Comment obtenir cet équilibre, en soi-même ?
En sachant mettre d'accord les diverses forces qui nous composent, en créant, entre elles toutes, un rythme harmonieux.
Ce n'est point si simple, penserez-vous ! Non ce ne l'est pas, d'autant qu'il y a quantité de forces à coordonner et chacune exige une méthode spéciale. Vous supposez bien qu'en quelques instants, il m'est impossible de vous dire le secret de tout cela.
Le mieux que nous ayons à faire, pour bien employer notre temps, c'est de courir au plus pressé, dans le pré fleuri du bonheur, et de nous occuper de ce qui est le plus important de tous nos soins pour le sauvegarder : je veux dire l'adaptation : la meilleure de nos longueurs d'ondes, à tout ce qui nous entoure et qui peut servir ou desservir notre bonheur, premier de tous nos biens.


Que vient faire, ici, cette question de longueur d'ondes ?
Ne vous alarmez pas.
Je ne vous ennuierai pas avec des abstractions scientifiques.
Je n'ai à vous dire que des choses étonnantes un peu, mais que, j'en suis sûr, vous jugerez amusantes.
Parlons donc des ondes, de vos propres ondes, et montrons comment votre santé et votre bonheur dépendent d'elles.
Chaque être humain a sa radiation et aussi sa façon de percevoir les radiations des autres êtres et même des objets, car ces derniers ont aussi les leurs.
Je crois avoir déjà traité, ici même, de ces mariages ou de ces chocs des ondes magnétiques et psychiques, et de leurs effets qui produisent les sympathies, antipathies, répulsions ou attractions, y compris, bien entendu, celles de l'amour.
La vérité est que nous sommes à la fois émetteurs et récepteurs de radiations, et que si nous recevons ou émettons mal, nous subissons une offense corporelle ou mentale, la première nuisible à notre santé, la seconde à la paix de notre esprit, donc à notre bonheur.
Il est, ainsi, parfaitement sage de contrôler avec attention les personnes dont on s'entoure, les amitiés que l'on forme.
Il y a des amis, laissez-moi dire le mot, tout simplement, empoisonnants, par la raison que, malgré leur sincère amabilité, ils rayonnent des. ondes qui contrarient nos ondes.
On les voit, ils sont charmants, mais pourtant que se passe-t-il ? Quand ils s'en vont on reste comme dérouté, vaguement insatisfait de leur visite. Il y a eu discorde, désaccord entre les fluides, et il en est ainsi chaque fois. Ce sont des gens que l'on devrait cesser de fréquenter, et l'on y gagnerait, en bonheur, toute l'économie de ce malaise mental, et parfois physique, qu'ils laissent derrière eux.

D'autre part, je vous parlais des objets. Le croirez-vous, et cependant, c'est bien vrai. Il y a des objets qui nous sont contraires. C'est si exact que telles choses — tout le monde le sait — portent malheur et telles autres bonheur.
La science talismanique est fondée sur ce fait.
Tout comme il y a des gens qui ont le mauvais œil, il y a des bibelots, des pierres, des bijoux, qui ont le mauvais fluide ! L'astrologie nous dit de bien choisir nos gemmes préférées, selon le moment de notre naissance.
Rappelons-les au passage, échelonnées de mois en mois à partir du 20 mars : améthyste, agate, cristal, émeraude, rubis, jaspe, diamant, topaze, escarboucle, onyx, saphir, bleu de ciel, chrysolite.
Chacun a ses ondes et les rapprocher d'un organisme qui les tolère mal peut être imprudent, voire dangereux.
Elles sont capables, en ce cas, d'influencer fâcheusement le fluide humain, et, par voie de conséquence, de créer une sorte d'état mental inquiet sans savoir pourquoi, état qui, pour une part, trouble notre volonté de bonheur.
II en va de tout ainsi et puisqu'il faut choisir, j'en viens immédiatement à l'affaire, si importante, des couleurs.
Vous vous figurez que l'on peut s'habiller de n'importe quel ton, pourvu qu'il aille au teint et à la nature des cheveux, et aussi qu'il soit possible, sans risque, de s'entourer, chez soi, de tentures murales choisies, dans leur coloris, tout uniquement parce qu'on les préfère ainsi ? Eh bien, ici encore, il y a un certain péril.
Les couleurs ont leurs radiations et il se produit souvent qu'elles nous affectent, qu'elles nous font mal, qu'elles influent sur nos pensées, nous font, par exemple, mélancoliques, et ainsi portent préjudice à notre bagage de bonheur.
Allons droit au but. Ce que je vous dis est si exact que, de toute antiquité, les médecins ont institué, pour traiter les maladies du corps et du mental, une thérapeutique des couleurs, car tout ce qui vit en subit l'influence, bonne ou mauvaise, par l'effet de leurs radiations sur les nôtres.
Ambroise Paré, en 1575, améliorait les petits rougeoleux en les enveloppant dans un drap écarlate, et chez nos campagnards, cet usage se retrouve parfois encore.
C'est par un tel moyen que sainte Catherine de Sienne fut sauvée de ce méchant mal. On soulage beaucoup les goutteux en leur enveloppant les jambes dans une flanelle verte.
Si vous avez de l'insomnie, mettez-vous une coiffe rouge et vous dormirez. Il suffit parfois d'un bâton de cire rouge sous l'oreiller.
De même, ainsi placées, les écorces d'orange et de citron font le sommeil plus apaisé, moins nerveux. Au cas de convalescence, la lumière pourpre relève les forces et augmente l'appétit.
La lumière bleue, chez le dentiste, est parfois assez analgésique pour atténuer beaucoup la douleur d'une extraction.
Les effets des couleurs sur le mental ? Le langage courant n'en tient-il pas compte ? On dit : voir la vie en rosé, en noir, nager dans le bleu.
Dans certains hôpitaux et asiles, on place les excités dans des chambres bleues, les déprimés dans des chambres rouges, ou leur neurasthénie se dissipe. Bien des psychoses peuvent être atténuées par des éclairages appropriés.
Nos ancêtres savaient la vertu radiante des couleurs en faisant prédominer, sur les vitraux des cathédrales, le bleu et le violet, propres à favoriser l'apaisement des âmes et à combiner heureusement leurs radiations avec celles plus subtiles encore de la prière.

En résumé, le rouge est excitant ou stimulant.
Le bleu, par son action fraîche et calmante, apaise les fièvres de l'esprit et du corps.
Le jaune facilite la stimulation intellectuelle et provoque l'optimisme.
Le mélange de rouge et de bleu donne de l'euphorie, du plaisir de vivre.
Le vert remédie au chagrin et à la nostalgie.
Le violet provoque à la méditation dans la sérénité : c'est le deuil des reines, ce peut être aussi l'auxiliaire des désabusés résolus à reprendre confiance.
Quel que soit le cas, il y a une action radiante, qu'il faut savoir utiliser à bon escient, si l'on veut fortifier sa santé, son bonheur ou les reconquérir. Vous en jugez bien, maintenant !
Le choix des couleurs ambiantes a une correspondance bénéfique ou maléfique pour chaque être. Bien des malheureux réduiraient déjà sensiblement leurs peines morales ou corporelles, en tenant compte de ces lois. C'est là ce que n'a pas dit Fontenelle, dans son Traité du Bonheur, mais il n'était ni radiologue, ni occultiste. Il s'est contenté d'écrire : « Le bonheur est un état tel qu'on en désire la durée sans changement ».
C'est fort gentil, mais on pourrait dire aussi, dans bien des cas :
« Le malheur est un état dans lequel on vit parce qu'on ne tente rien, méthodiquement;, de ce qui pourrait contribuer à le changer.»
Au fond, le bonheur, voyez-vous, c'est moins les événements, les plaisirs et les spectacles heureux dont on est le centre, qu'un état d'esprit et de corps tel qu'il communique à toutes choses, sa propre beauté, sa propre joie, tout intérieure.
Cela ne signifie pas que la misère, les séparations par la mort ou l'oubli, les maladies ne soient pas de grands ennemis du bonheur, mais ce qu'il importe de dire, pourtant, c'est qu'en cas de malheur, il faut avoir la vaillance de se conseiller : « Allons, la vie, ma vie, continue ! Je ne veux pas être malheureuse toujours. Je me ressaisirai et pour y réussir, j'emprunterai des forces au reste de l'univers, forces radiantes bien triées, qui me permettront d'irradier de la force à mon tour. »
Cela, c'est la bravoure, c'est le devoir, c'est l'apanage des gens de cran et de jugement, et je pense, avec M. André Maurois, que telle femme de ménage qu'il eut à son service, je crois, ne se fût pas tuée parce qu'elle avait dû changer de chambre, si elle avait, au préalable, fait tendre cette chambre d'un papier dont la tonalité ne l'eût pas poussée au suicide.
Toute tentée que je sois d'énumérer et de combattre les causes de nos grands et petits malheurs, souvent imaginaires, je veux me maintenir dans mon sujet, celui des radiations colorées qui nous peuvent être si utiles, à ne pas oublier celles du ton jaune qui, vous serez peut-être ravies de le savoir, éloigne de nous les mouches
et les moustiques. C'est même la raison, unique et peu connue, pourquoi, pendant la guerre, les troupes américaines furent les premières à adopter l'uniforme kaki.

N'en doutez plus, les couleurs sont de puissantes ouvrières pour la fabrication de notre bonheur, par le moyen d'un état d'âme propice à sa création et à son entretien. Si nous n'y prenons attention, celles de nos robes peuvent nous faire jalouses et mélancoliques. La mode, qui unifie tout, est, ici, en profond désaccord avec l'astrologie.
Vous, madame, qui êtes née sous le signe du Bélier, devriez porter d'autres tons que vous, mademoiselle, qui avez vu le jour sous le signe du Sagittaire.
Habillez-vous dans des tons qui répondent à votre tempérament, à votre astralité, et votre bonheur y gagnera, tant par la santé du corps que par celle de l'esprit.
Chaque couleur attire sur vous des forces astrales : « Dis-moi la couleur que tu préfères, et je te dirai qui tu es. » Le sport des Gabonnais est de se battre. Aussi s'habillent-ils de cotonnade pourpre, la pourpre qui, chez les Romains, était le signe de la puissance impériale, et qui a été longtemps la couleur du pantalon de nos soldats.
Le lama, le bonze chinois et hindous se vêtent de jaune. Ils savent bien que ce ton exalte leur pensée dans l'oraison et la porte plus haut dans le ciel bouddhique. De même les empereurs chinois s'habillaient de jaune, car ils mettaient l'intelligence bien au-dessus de la guerre.
Toute pensée a sa couleur, toute couleur a sa pensée, et il est malheureux, soit dit en passant, qu'en Europe, le jaune soit mal vu, surtout pour les messieurs. Certains, en s'en costumant, pourraient multiplier les qualités de leur esprit.
Je vous ai dit le rôle des couleurs et de leurs radiations, dans l'organisation de notre bonheur, et vous me permettrez, maintenant, de vous entretenir — oh ! en quelques mots - d'autres radiations, celles des objets à quoi je faisais allusion tout à l'heure. N'allez pas supposer que tous ces conseils, d'un genre peut-être si nouveau pour certains d'entre vous, soient de ceux dont on peut ne pas tenir compte. Vous n'auriez pas raison.
Pensez, un instant, que le monde tout entier est fait de radiations, d'ondes qui pénètrent et associent les corps, et dont le plus grand nombre nous viennent des espaces intrastellaires.
En somme, l'onde commande tout et il est tout logique, par conséquent, qu'elle joue un rôle vitalisant ou nocif jusque dans les détails, en apparence tout à fait secondaires, que je vous apporte aujourd'hui. Les objets ? Ils irradient comme les étoiles, comme le ver luisant, comme le pied de cette table.
C'est un fait que je vous intéresserais peut-être encore davantage si ma table était en bois d'ébène, ou en or, parce qu'il pourrait se faire que j'emprunte à ses facultés radiantes des forces, non moins radiantes, qui me permettraient de mieux capter votre attention. Cela semble paradoxal, et l'est, mais c'est vrai, pourtant.
Donc, tout irradiant de l'énergie, les plantes en répandent autour d'elles et, encore une fois soit dit, les astrologues n'en ignorent pas. Partant du principe des radiations qui sympathisent, ils ont dressé la liste de celles des végétaux correspondant aux signes du Zodiaque.
Et voilà ce qui va vous paraître fabuleux ; il résulte de cette liste que votre santé, selon la date de votre naissance, et par réflexe, votre heureux état mental, peuvent se sentir aidés ou contrariés par le voisinage ou l'absorption de certains légumes. Il m'est impossible de vous donner le tableau des douze mois végétaux, dans leurs bienfaits ou nuisances, mais nous pouvons prendre un ou deux exemples, s'il vous plaît.
Considérons une personne née sous le signe du Scorpion ; il y a de fortes raisons de présumer que, pour le bon ordre de sa santé, la confiture de prunelle, la fève et le poireau peuvent rentrer à propos dans son alimentation.
Une autre personne, qui est de la Balance, s'accommodera à merveille du cresson d'eau, de la fraise, du raisin et du vin, de la mélisse et du citron.
Je vous montrerai tout à l'heure que, pour chaque signe, astrologues et spécialistes du pendule et de la baguette dite du sourcier, se sont trouvés d'accord dans la détermination des végétaux et minéraux qui correspondent, par leurs vibrations, au maintien de tel état de santé ou à la guérison de telle maladie.
Cela revient à dire qu'entre nous mêmes, suivant notre naissance, et les plantes ou les pierres, il y a des rapports de vibrations qui doivent nous être utiles, et qui le sont, aussi bien pour l'entretien de notre corps physique que pour celui, si j'ose dire, de notre corps mental. Et, cette fois, vous voyez, du même coup, comment, en sachant nous entourer des vibrations qui nous conviennent expressément nous pouvons être bien portants et travailler pour l'harmonie de notre esprit et de notre cœur, c'est-à-dire, si je me fais bien comprendre, pour notre bonheur intégral.

Il y a, à Paris, dans ce domaine de recherches, un homme véritablement extraordinaire, mais avant de vous le présenter, il convient que je vous expose, en bref, par quels chemins il a passé pour en venir, avec un succès reconnu par plus d'une société savante, à fonder une science des radiations dont les perspectives, à en juger par les résultats déjà acquis, sont singulièrement émerveillantes.
Vous savez l'existence de ces gens appelés sourciers et 'qui parviennent à déceler, dans le sous-sol, des cours d'eau ou des gisements de métal, par le moyen d'une baguette ou d'un pendule. C'est en se servant d'un pendule disposé, de façon spéciale, par lui-même, que ce... prospecteur d'ondes est parvenu, après de nombreuses expériences, à dresser une sorte de Code des vibrations correspondant à toute une série de maladies.
Ensuite, il a appliqué sa méthode à la mesure des vibrations d'une quantité de plantes et de produits minéraux, et il est arrivé à constater une relation mathématique entre les vibrations de telle maladie et celle de tel végétal ou minéral !
Ecoutez bien, car ici, je vous parle d'un prodige.
Encouragé par ce résultat, M. l'ingénieur Turenne", - et le voilà nommé ! - a été plus loin.
Il a voulu se rendre compte si ce rapport de vibrations ne permettait pas de penser que les plantes et minéraux dont les ondes correspondent à une maladie déterminée, sont capables de remédier à cette maladie. Et il est arrivé à cette constatation magnifique. Lorsqu'un élément minéral ou végétal, en pharmacie, améliore ou guérit une certaine affection, c'est qu'il a — et je reprends mon mot — un rapport vibratoire mathématique avec le mal qu'il s'agit de traiter.
Vous voyez à quel point ces découvertes sont passionnantes et quels horizons elles ouvrent devant le médecin, pour le jour où nos docteurs ne traiteront pas, comme ils le font trop souvent, avec désinvolture et ironie, une science qui n'est pas encore la leur.
Je n'hésite pas à courir, non plus dans le pré fleuri du poète Paul Fort, mais au devant des événements d'un temps qui est très vraisemblablement prochain.
Les révélations apportées par M. l'ingénieur Turenne, feront et doivent très évidemment faire leur chemin vers la pleine lumière. Un jour luira où cette loi des correspondances vibratoires entre les maladies et leurs médicaments, sera vérifiée, avec le respect est l'attention qu'elle mérite, par les collèges savants.
On appliquera ces méthodes à des malades et il se peut, vraiment, que le codex pharmaceutique en soit profondément modifié.
Je vais au delà même de ces prévisions en admettant qu'après les médecins des maladies du corps, les médecins des maladies de l'esprit s'intéresseront aux travaux dont je vous fais part.
S'il y a des relations entre les ondes des maladies organiques et les plantes ou minéraux, il y en a certainement entre ces derniers et les malades du mental, voire même simplement les états mentaux déréglés par le chagrin, l'infortune, la malchance, le dépit amoureux.


Ah! alors, quel joli temps nous vivrions, enfin, s'il devenait possible d'aller chez le psychiatre et de lui dire : « Monsieur, je suis bien malheureuse. Le bonheur me fuit. J'ai des peines de coeur et elles me sont bien lourdes. Elles me font la vie amère et je pleure tout ce que je sais. Il faut que vous me guérissiez, que vous me rendiez tout mon bonheur perdu. Il n'est pas encore trop loin. En allant vite, vous pourrez certainement le rattraper. Dépêchez-vous de prendre votre petit pendule. Mesurez, attentivement, la longueur d'onde de mon gros chagrin, celle de mon vague à l'âme, celle aussi de ma désolation de pauvre femme trahie, et puis, tournez-vous vers votre collection de remèdes ; choisissez le meilleur. Administrez-le moi sans délai. N'est-ce pas, vous me le promettez, Monsieur le Docteur, vous allez me guérir, me refaire gaie et insouciante, ravie de l'existence, riant à tout, et bien débarrassée une fois pour toute, de toute la tristesse qui a emporté mon cher bonheur. »
Et le médecin répondra, avec le bon sourire de l'ange sauveur :
« Comptez sur moi, mon enfant. Dans deux jours, vous m'en direz des nouvelles ! » Ayant dit, il choisira, comme il en a été prié, le remède dont la vibration rectifiera l'onde malade de la patiente, et, comme disait une chanson il y a quelque vingt ans, le surlendemain, elle sera souriante.
J'admets bien volontiers que nous n'en sommes pas encore tout à fait là, mais nous sommes en belle route et ce jour-là, il sera bien démontré que je ne vous ai fait entendre que de belles
vérités un peu anticipées. Vous vous souviendrez de cet après-midi, mais, je vous en prie, alors, ne m'appelez pas prophétesse, parce qu'en vérité, je ne le suis pas du tout.
Je m'avance seulement un- peu plus vite que la science officielle, sur les routes de l'avenir et je n'ai pas de peine à m'y conduire, appuyée que je suis déjà sur les certitudes expérimentales produites par M. l'ingénieur Turenne.
En ceci, je ne perds pas un instant de vue l'objet même de cette causerie, dont votre bonheur est le thème principal.
En attendant l'époque où il sera possible de se faire amputer d'une peine de cœur, comme il est aisé aujourd'hui de se délivrer d'un commencement de carie dentaire, je ne saurais trop insister pour finir, sur la conviction où je suis que, dans nombre de cas, il est possible de se défaire, avec un peu d'adresse et de volonté, d'une énervante raison morale de souffrir.
Rien n'est plus simple que de demander à un astrologue, à un horoscopiste, à un familier des sciences occultes, les couleurs, les plantes favorables à la santé sous ses deux aspects physiques et mentaux, même sentimentaux. Rien n'est moins compliqué que de prêter attention aux ondes et vibrations des gens que l'on fréquente et d'écarter ceux chez qui on soupçonne une mauvaise action radiante, bien qu'involontaire.
Ces moyens de, protection d'un trésor qui passe en importance tous les autres, ne sont ni difficiles à trouver, si compliqués dans leur application pratique. Personnellement, j'ai eu le bonheur — car c'en est un aussi — d'égayer des caractères assombris, de refouler des désespoirs, par ces méthodes qui, à première vue, semblent empiriques et peu capables d'efficacité.
C'est qu'à vrai dire, il suffit parfois de bien peu de choses pour faire comprendre que l'on a bien tort de croire un bonheur en pièces, alors qu'avec un peu de colle faite d'une once de volonté et de trois onces de confiance, on arrive à en reconstituer les contours de telle impeccable manière que l'œil le plus exercé ne pourrait y distinguer la fêlure.
Il y a tant de manières de refaire le bonheur, par l'amour, le succès, l'ambition, je ne parle pas de la fortune, par la paix, la recherche et la conquête de l'indépendance, et surtout par la santé! Et puis, il y a aussi ce bonheur qu'a si heureusement défini
M. Eugène FIGUIERE : « Le bonheur, c'est d'en donner ! »
Et laissez-moi ajouter ceci encore : le bonheur dépend moins des circonstances que du caractère. Il est des gens heureux, — vous en connaissez ! — dont la conversation est une perpétuelle lamentation. Ah ! les gâcheurs ! C'est à croire qu'il ne leur manque que du malheur pour être heureux !...
Madame Marcelle TINAYRE le criait, il y a déjà douze ans, et sur quel ton plus pressant, le redirait-elle aujourd'hui :
« Jamais l'enseignement du bonheur n'a été plus nécessaire que maintenant. » Oui, c'est trop vrai !... Les peuples sont incertains comme les individus, trop souvent. Le monde est plein d'instabilité. Raison de plus pour nous bien garer du pessimisme. Dirigeons bien nos pensées, bien choisies. Chassons de notre conscience ce qui déprime et gâte la joie de vivre. Faisons appel aux forces, aux radiations saines du firmament et de la terre. Ne disons point que nous vieillissons. Ce n'est pas vrai. Nous ne vieillissons que parce que nous avons peur d'être vieux.
Observons la méthode de ce géant de la mythologie qui rajeunissait chaque fois qu'il touchait le sol et lui réclamait de la vaillance.
C'est encore ici la théorie des bons fluides, que les Anciens avaient pressentie ! Et surtout prenons des fluides à la jeunesse, réservoir inépuisable. Vivons le plus possible avec elle, avec son insouciance, avec son rire, avec son sang, avec son ignorance du malheur.
Et puis, enfin, ne compliquons pas nos rêves de bonheur.
Il en est de lui comme des montres ; les moins compliquées sont celles qui se dérangent le moins.
Tenons-nous présent à l'esprit qu'il y aurait de quoi faire bien des heureux avec tout le bonheur qui se perd en ce monde, et, commençons nos économies par nous-mêmes.

La grande faute, la voilà :
Si, l'on voulait n'être qu'heureux, cela serait bientôt fait, mais on veut être plus heureux que les autres et cela est presque toujours impossible, parce que nous croyons les autres plus heureux qu'ils ne le sont.

Marie – Louise LAVAL.

"Secrets" Octobre 1935

 

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